11.02.2012
Comediante tragediante
(Court métrage, durée approximative 7 minutes)
Un premier rôle, une premier rôle,
un jeune premier, une jeune premier,
un valet, une second rôle
une soubrette
1) Rideau fermé ( les 2 premier rôles)
- Tu me le paieras sale clown
- Tais-toi espèce d’Alice Sapritch !
- Avec la soubrette en plus, salaud
Le rideau s’ouvre les comédiens saluent et sourient
2) Rideau fermé (jeunes premiers)
- Ma mère est morte hier
- Ho mon pauvre elle était vieille ?
- Elle a connu Molière…
-
Le rideau s’ouvre les comédiens saluent et sourient
3) Rideau fermé (seconds rôles)
- Tu savais que le metteur en scène, il se tapait la soubrette ?
- Ha bon je croyais que c’était toi…
- La soubrette ?
Le rideau s’ouvre les comédiens saluent et sourient
-
Le rideau se ferme définitivement. Gros plan sur le rideau rouge. On entend les gens qui quittent le théâtre. Les lumières changent. Les sons s’effacent. Le noir se fait.
Soudain un spot se rallume, il éclaire la soubrette seule sur scène. Monologue.
« Un comédien c’est quelqu’un qui vous donne sa joie en pleurant. Qui vous donne sa peine en riant.
Un comédien, une comédienne, c’est ce que vous êtes chaque jour quand vous avez de la peine.
C’est ce que vous êtes chaque jour quand vous avez de l’amour.
Etre comédien, c’est croire que toutes les vies sont possibles.
Etre comédien, c’est vivre l’impossible comme s’il vivait en nous. Comme s’il était nous.
Etre comédien, c’est avoir un masque à l’intérieur de la tête.
Un masque qui change et que personne ne voit.
Etre comédien, c’est la vie. C’est rien. Juste un moment de magie qui dure le temps d’une bougie.
Un moment qui ne se produit qu’une fois et ne se reproduira jamais. C’est une flamme qui s’empare
de l’âme. Qui se joue de l’enfer et vous offre ravi un moment de paradis. Le comédien est un ange
qui sans vous serait un loup-garou. Le comédien est impudique parce qu’il vous aime, public . »
Fondu au noir
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29.12.2011
luxe
Je vis dans un monde où la lucidité est mal vue...
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28.12.2011
6 heures avant le souper
Il est 13h30. Le temps se fait long. Je repasse ma lavette sur l’évier. Il est propret. Il n’y a pas d’eau chaude à la cuisine. Ce soir pour la vaisselle, comme chaque jour, il faudra aller à la salle de bain. Mon fils le fera. Non c'est vrai il n'est plus là, il est à l'université. Un seau jaune, plus une bassine bleue. Ce sera assez pour remplir les deux bacs du lavabo de la cuisine. Comme chaque soir je ferai la vaisselle. Comme tous les soirs...
Mon fils. Il n’est pas comme les autres. Il n’est pas comme son père. Il est beau quand il sourit, je lui ai déjà dit. Mais il sourit peu. Mon fils me ressemble. Il a l’esprit de ceux qui aiment la vie. Pas ceux qui aiment l’argent. Il fait de belles études. Il réussira. Pas comme moi, ménagère. Femme de représentant de commerce. Il rentre à 7 heures. Il mange. Il fait ses bons de commandes. Il rature. Il recommence. Et le matin il part. Sur les routes. Il vend. Il vend des articles cadeaux. Mais moi, j'en’en ai jamais de cadeau. Je frotte, je lave, je nettoie, je fais resplendir. Je m’écrase, je m’aplatis, je me maudis, je m’excrémente, je me lamente…
*****
Il est 14h30. Un jour je partirai. Je lui ai dit. Un jour je partirai. Il a cru que je voulais dire le quitter. Partir pour un autre homme. Mais les hommes sont tous pareils. A la recherche de leur plaisir ou de leur mère. Ce n’est pas cela que je voulais dire. Je voudrais me réveiller bercée par le souffle de la mer, excitée par les parfums vanillés mélangés aux embruns salés, requinquée par le chant d’un oiseau lyre. Je voudrais poser mon pied dans le sable chaud, écarter les orteils, sentir les grains de sable crisser entre, lever la tête et respirer la fraîcheur du large mêlée à la chaleur de l’intérieur des terres. Je voudrais m’enfoncer dans l’eau, éviter une vaguelette capricieuse, éclabousser mes idées noires avec ce bleu turquoise, caresser l’écume des flots sans amertume comme on caresse un projet d’avenir. Je voudrais tant de choses. Tant de choses qui se passent dans ma tête. Juste dans ma tête.
Hier, j’ai du demander l’argent du mois. Comme chaque mois. Il me donne ce qu’il estime nécessaire. Il ne sait pas que tout augmente. Il ne fait jamais les courses. Il ne pourrait même pas dire le prix du pain. Comment veut-il que je m’en sorte.
Je m’inquiète pour mon fils. On ne le voit presque plus depuis qu’il vit à Bruxelles. Il est objecteur de conscience. Il ne veut pas faire son service militaire. Alors, il travaille dans un organisme pour pas grand-chose. Il peut à peine payer son kot. Alors il faut que je garde de l’argent sur ce qu’il me donne. Pour mon fils. Il ne faut pas qu’il devienne comme moi. Il faut qu’il réussisse sa vie. Qu’il en fasse quelque chose. Qu’il y ait de l’espoir en lui.
Je pèle les patates. Le repas du représentant de conneries sera prêt ce soir comme tous les soirs. Saucisse, patate à l’eau, compote de pommes. Repas chaud. Moi je ne mangerai pas. Je n’ai pas faim. Et puis j’ai mal à l’œsophage. Comme une boule qui voudrait remonter et n’y arrive pas. Du coup, je fais des renvois à longueur de journée et ça me fait mal. Ma mère aussi pelait des patates. Du temps qu’elle tenait sa friterie à Wasmes. Des kilos et des kilos de frites. De quoi faire son beurre et acheter des maisons qu’elle loue. Louait. Ma mère est morte il y a un mois. Je me suis toujours demandé si elle m’aimait. Difficile à dire. Mon père aussi je me suis toujours demandé. Lui est mort de la maladie du mineur. On lui a troué la trachée pour l’aider à respirer mais il est mort quand même. A quoi ça sert de s’acharner. A quoi ça sert de refuser la Camarde et sa faux. A quoi ça sert ? A quoi ?
XXXX
Il est 15h30.
Hier, on a mangé une côtelette, des pommes de terre et une compote de pommes de l'air. C'était bon. Comme tous les soirs. C'était bon mais pour moi c'était sans goût. Je n'ai plus le goût de manger. Je n'ai plus le goût à rien. Je fais des renvois comme si l'air que je ne respire plus dans ma vie voulait quand même me donner de l'air. De l'intérieur. A vrai dire, je ne sais pas si c'était bon. Quand on n'a plus goût à rien, ce que l'on fait à manger n'a plus de goût.
16h30.
J'ai bien envie de m'étendre sur le relax. Je suis fatiguée. J’ai eu mon fils au téléphone. Je lui ai demandé s’il revenait à Noël. J’ai tant envie de le voir. Il est si beau quand il sourit. C’est mon fils. Il tient de moi. Il va réussir. Hier j’ai retrouvé un vieux carnet de notes d’il y a 20 ans. J’écrivais des poèmes. A ma façon. Ou je recopiais des poèmes. J’ai connu des poètes qui fréquentaient le café de ma mère. Il y en avait de chouettes. Certains dessinaient. Certains écrivaient. Certains me courtisaient. Cinq ans plus tard, je n’écrivais plus de poèmes. J’écrivais des recettes de cuisine. J’étais mariée. Mon fils m’a dit qu’il ne reviendrait pas à Noël. Pourquoi a-t-il dit ça ? Pour me faire mal ? Lui aussi, il veut me faire mal comme son père. Comme tous les hommes. Non ce n‘est pas vrai. Mais j’en veux au monde entier. Je vis dans un monde où la lucidité n’est pas bien vue…
17h30
J’ai envie de boire une bière. Je ne la boirai pas en entier. J’en laisserai la moitié pour demain.
Pour demain. Demain. C’est loin demain. Trop loin. Il y a des heures en trop. C’est une bière de table. Pas très forte. J’en bois la moitié. Chaque goulée est pénible. Chaque gorgée me pique l’âme. Mon fils ne viendra pas à Noël. A quoi bon le sapin. Les boules. Les guirlandes. Saloperie de sapin. Mon fils ne viendra pas. Que fera-t-il seul à Noël ? Il ne se rend pas compte qu’il me fait mal. Il faut mieux que je parte sinon c’est lui qui deviendra fou. Je ne veux pas qu’il devienne fou. Je ne veux pas. De toute façon j’ai tout ce qu’il faut au grenier.
S’il ne vient pas c’est moi qui partirai. Je sais que mes minutes sont comptées et pourtant ma seule question est vais-je remettre la capsule sur la bouteille de bière ? Une demi-bouteille en plus… Cela n’en vaut pas la peine. Demain. Demain, je ne la boirai pas. Cela me fait mal de toute façon. Et puis demain est une autre nuit.
18h30
C’est joli un escalier. Puis il y a un joli garde-fou. Et solide avec ça. Un garde-fou pour la folle. Folle d’amour pour mon fils. Folle. Juste folle. Ma tristesse n’a plus de limite. Ce qui m’a décidé ? Avoir renversé un peu de bière sur le plan de travail. Je me suis dit ma fille si tu n’es pas capable de fermer une bouteille sans en épancher une partie, tu ne mérites pas de vivre. Une ménagère ça sait tenir sa maison. Solide la corde accrochée au garde-fou solide. Solide cet escalier en bois. Je me suis installée là où il tourne. Ce sera plus facile. Je ne me rappelle plus ce que j’ai écrit sur la feuille de papier. Je l’ai placée près de la bouteille à demi vide. J’ai écrit : Adieu. Banal, pire que les recettes. Je me suis servie d’une page de ce carnet pour écrire Adieu. Ils ne m’aiment pas. Ni mon fils, ni mon mari. Ils ne m’aiment pas. Et je vais leur dire voyez ce qui arrive quand on n’aime pas les gens. Ils meurent d’abord dans votre esprit. Puis ils meurent n’importe où. Accrochés à une poutre ou à un garde-folle.
La corde.. Mon fils est né avec le cordon ombilical autour du cou. Il était bleu à la naissance. Moi aussi bientôt je serai bleue. Ce n’est pas si facile que je ne le pensais. Mes pieds battent le vide. Ils tapent contre le plâtre du mur. Ca va encore faire des saletés. Je déteste les saletés. J’ai mal. J’étouffre. Ce soir Monsieur le représentant de commerce aura de la viande froide au souper.
22:11 Écrit par vieuxfusil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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20.03.2011
Le passager clandestin suite
Or donc. Des souvenirs de petite enfance j'en ai peu. De moyenne enfance, encore moins. Juste deux colères dans la cour de récréation. Nous jouions aux barres, que nous appelions bari. Ce jeu consiste à traverser la cour sans se faire toucher par les comparses chargés de vous attraper... Au fil du jeu, ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver au milieu et il est de plus en plus difficile de traverser. J'excellais à ce jeu où il fallait profiter de l’inattention des gens du centre pour filer tel l'éclair jusqu'au chocolat. Parfois je me retrouvais « pris » au milieu. Alors, je ne supportais pas ceux qui touchés dans leur course trichaient en disant que ce n'était pas vrai. Je me suis énervé sur un Jacques une fois. Je lui ai collé une gifle. Cela m'a surpris. Je n'en menais pas large, je craignais qu'il ne se plaigne à l'autorité, ce qui aurait nui à mon auréole de l'époque. Je n'ai jamais été un saint mais peu le savent. L'âge venant, j'ai envie de perdre cette sympathie que j'ai souvent inspiré. Je vais me lâcher. Du moins essayer. Heureusement, ce gars n'a pas été se plaindre, il a gardé sa dignité d'homme. Bien sûr dans l'enseignement tel qu'il existe aujourd'hui, ce ne serait sans doute plus possible tant la mentalité féminine à tendance victimaire règne dans les coures. On lui aurait sans doute inculqué « Si quelqu'un te fait du mal, ne lui répond pas, viens le dire à la maîtresse ». On s'oriente de plus en plus vers une société délatrice. Certes moins violente dans le quotidien de chacun mais où la violence institutionnelle aura vite fait de faire regretter le bon vieux temps de la tarte. Dans la gueule.
Je vous le dis, j'ai compris le monde mais je n'ai rien compris à la vie.
J'essaierai le moins possible de partir dans des considérations politiques ou sociétales. Par peur que le temps ne m'ait transformé en vieux réac' avec des idées d'extrêmes gauche... J'éviterai la polémique. Tant d'autres le font mieux que moi. Ils arpentent les médias et ne s'en sortent pas trop mal. Pourquoi ajouter ma cacophonie à leurs diatribes claires et sans bavures?
Quand j'avais 11 ans, je suivais la guerre des 6 jours comme on suivrait le tour des rances, d'errance, de France . J'étais en admiration devant ce petit Etat qui mettait la pâtée aux vilains qui l'entouraient. Je me rappelle des tank dans le désert cloués sur place par la force de frappe israélienne. Moshé Dayan et son bandeau était un héros. J'ai toujours aimé quand c'est le petit keagan. Et j'encourageais Israël comme on encourage un cycliste s'apprêtant à prendre le maillot jaune. Oui je sais la comparaison est de mauvais goût... A l'heure actuelle, mon opinion sur Israël est tout autre. Mais je me garderai bien de critiquer ce merveilleux peuple qui a tant souffert et blablabla et blablabloodabi.
Dans ce texte, je ne veux que m'occuper de moi. Malheureusement le monde existe.
Je me suis rencontré un jour au supermarché. Flânant derrière ma mère dans les rayons, je fus soudain confronté à mon image droit devant. Quelle idée de placer des miroirs même au rayon mode d'un grand magasin... Ce fut un flash désastreux. Le personnage me parut moche, petit et sans relief. Le désastre s’agrandit encore lorsque je compris que c'était moi. Comment voulez-vous dans ces conditions garder l'estime de soi sinon en gonflant, en hyperbolisant sa propre image mentale et en développant son intellect...
Je me rappelle, c'était le bon temps. J'étais en deuxième primaire. Le père d'un de mes condisciples avait offert à la classe de petites lampes de poches. Chaque mois le premier de la classe en recevait une. Et chaque mois, consciencieusement, j'étalais mes lumières pour rafler la mise. Mais après le soleil vient la pluie. Je fus victime du sentiment égalitaire qui prévalait dans ma région chérie du Borinage. Il fut décidé que désormais ce serait le deuxième qui serait mis sous les rampes du succès et remporterait cette lampe. Je fus déçu. Très déçu. Je fus juste content que le fils du donateur n'en reçut jamais une. Je n'avais pas encore tout compris à l'époque. Je n'imaginais pas que chez lui, il y en avait des tonnes puisque son père était électricien. Quant au second, ce concurrent luciférien, j'ai oublié jusqu'à son nom... C'étaient de petites lampes, bleues pour la plupart. J'en ai retrouvées dans un tiroir. Un peu rouillées mais toujours très actives dans mon imaginaire.
21:34 Écrit par vieuxfusil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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29.12.2010
Le Passager clandestin 1
Le passager clandestin
Ce matin je me suis regardé dans la glace et je ne me suis pas reconnu.
Au moment où je commence à écrire, une petite voix me dit que je ferais mieux de la fermer. Tout mon projet consistera à la contredire.
C'est une terrible impression. C'est une terrible impression d'avoir compris le monde sans avoir compris sa vie.
Je suis né un 6 mai. La tradition familiale affirme qu'il neigeait la nuit qui précède. Cette année là, Dalida enfantait son célèbre « Bambino » sur des postes transistors qui faisaient au moins 50 cm de long. Je ne me souviens pas de cette neige. Ce dont je me rappelle c'est un 30 juin. Un jour de remise des prix à l'école primaire. Nous étions rassemblés dans le parc, il y avait un kiosque à musique et nous chantions, est-ce le bon mot? Nous chantions donc, « ce n'est qu'un au revoir, mes frères ». Certains partaient en année préparatoire dans une autre école primaire adossée à un athénée. Et nous étions tristes. Enfin moi j'étais triste puisque j'étais le seul à partir. La chanson prenait donc une résonance particulière dans les cœurs. Nous en avions fait des parties de foot sous le préau. Il y avait les Scandone, les Tinti et autre Inzoli et puis d'autres consonances plus picardes, les Quinet, Bernard, Plumat, Brohée... Mais c'était une autre époque vous savez.
Dans la cour de récréations, les urinoirs étaient à l'air libre. Ils formaient un porche qui nous servait de « goal ». L'un de nous se postait comme gardien et lançait la balle vers la tête des buteurs. Et hop, le coup de boule partait. Parfois victorieux. Il fallait alors aller rechercher la balle dans l'urinoir et prendre le poste de gardien. Je ne sais pourquoi mais nous n'avons jamais été très fort de la tête dans cette classe. Preuve peut-être que nous étions intelligents.
Décidément, c'était une autre époque. Il y avait une forte tête. Un tripleur qui s'apprêtait à faire mieux encore. Je revois mon instit' de quatrième, Mahieux, je pense. Il suivait la forte tête tout autour de la cour avec un bâton en main, prêt à intervenir à la moindre incartade. On n'imagine plus ça maintenant. Non que cela fut bien ou mal. C'était une autre époque plus épique. La morale, n'était pas aussi contraignante. Nous étions plus libres. Parfois, un copain à la récré nous montrait son nouveau canif. On sentait qu'il en était fier. Je sentais confusément que l'on pouvait en être fier. Que l'on devait peut-être. Mais je n'ai jamais eu l'envie d'avoir un canif. Peut-être que je sentais en moi une indéfinissable furie qui pourrait très bien entailler, cisailler, éventrer... Autour du canif se jouaient bien d'autres choses. Une puberté naissante, cela va de soi. L'image est tellement évidente qu'elle suinte un peu comme une aine mycotique tellement chargée en champignons que l'on se demande si ça ne pourrait pas servir pour le repas du soir. Mon dieu que c'est frais...Oui le canif. Vous savez d'où vient le mot canif? L'origine du mot est le sanscrit « kannifar », « le bout de fer qui perce » étymologiquement. Parfois nous pencher sur l'origine des mots nous permet de mieux cerner leur sens caché. Le mot travail lui même vient de tripalium, une sorte d'instrument qui permettait de maintenir le bétail en place. Le vulgum pecus comprendra... Le canif, c'était l'avenir mais aussi la menace du présent mais aussi la débrouillardise. Un bon canif vous aide aussi bien à couper le saucisson qu'à tailler une pipe dans du bois de saule. Mais pas à tailler une pipe dans le bois de Vincennes.
15:07 Écrit par vieuxfusil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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17.10.2010
je vais réécrire...
je vais réécrire, je vais réécrire, je vais réécrire...
22:51 Écrit par vieuxfusil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22.04.2010
Nono
- C'est quoi ce pyjama?
- C'est Jean-Pierre qui l'a trouvé dans une poubelle
-???
- Mais t'en fait pas je l'ai lavé...
- Mais ça pourrait être le pyjama d'un mort
- On finit toujours par porter le pyjama d'un mort...
12:40 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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01.04.2010
héhé
Tant va la cruche à l'eau qu'àla fin, elle se la pète
18:55 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22.11.2009
Sur la gazèle dorée
Sur la gazelle dorée règne un silence ferroviaire...Passées les portes de l'outrecuidance, un sofa en peau de genoux nous attend à reculons. Un coussin sans rebord illumine la pièce de sa présence féconde. Il est temps pour l'imperturbable ramassis de grenouilles que nous sommes de faire amende honorable. Les temps sont mûrs pour de grands bouleversements. La raie du milieu devient caduque et la mèche folâtre sera notre nouveau signe de ralliement.
20:14 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : train, sofa, surrealisme, gazele |
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26.10.2009
La démocratie
La démocratie est un système politique qui vous permet de voter jusqu'à ce que votre réponse soit oui...
19:40 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vieuxfusil |
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14.07.2009
A l'usage des soi-disants bien pensants...
Si l'on admet que pour le bien de tous, on peut faire du tort à un seul. Il ne faut pas s'étonner que très vite le bien de tous fasse du tort à chacun.
23:21 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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03.04.2009
j'ai tourné avec Eddy (suite et fin)
Ha la machine cherche, c'est bon signe. Elle fouille les tréfonds de sa mémoire...
….
ho?
Quoi?
Désolé. Quentin Bishoffem, 15 ans et 3 jours. Vous voyez il a précisé les 3 jours. De toute façons 15 ans... Alors vous êtes foutu!
Quelle terrible ironie. Le jour où je lâche la chose qui me mine au plus profond va être aussi le jour de ma mort.
15 ans et 3 jours. Désolé...
Quelle ironie
Quoi encore
Le fameux Sam, ce satané réalisateur dont vous parlez tant. Cette Grandissime Sérénité de l'image dont vous me bassinez les oreilles...
Pas de blasphème, cela ne sert à rien!
Ce Grand Rien qui fait tout ici bas maintenant dans ce monde d'images. Hé bien ce Grand Sam ,he bien je le connais, j'ai tourné avec lui quand il était jeune et tournait des publicités.
Quoi le Grand Sam lui-même des pubs?
Oui le Grand Sam. Des pubs pour des poudres à lessiver, des camemberts, peintures, des bonbons. Mais il ne s'appelait pas Sam. J'étais jeune concepteur publicitaire à l'époque.
Le Grand Sam, vous avez côtoyé le Grand Sam, moi même, je ne l'ai vu qu'une fois...
Le Grand Sam, sacrée arnaque, je me suis dit au début. Il a commencé petit le grand Sam. Mais ça a marché, religion mondiale maintenant!
Le Grand Sam dans la pub?
Oui j'ai tourné avec Lui. Oui j'ai tourné avec Eddy avant qu'il ne s'appelle Sam.
Mais ça change tout, ça c'est votre chance ça mon vieux. Excusez-moi, je me mets directement en communication avec ses Bureaux Directs. Excusez-moi, c'est du confidentiel. Mais je pense que vous êtes sauvé. Le Grand Sam va vous sauver. Vous imaginez, un quart d'heure à sa propre gloire, il va adorer... Allo …
Hé hé ma jolie petite fille, tu me reconnais, je suis la gentille sorcière. Prends cette pomme, elle est délicieuse et juteuse. Quand tu l'auras goûtée, tu n'en reviendras pas. Allez goûte, puis on ira regarder Bambi...
The End
11:26 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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02.04.2009
J'ai tourné avec Eddy (suite 4)
Je ne me rappelle de rien. Je ne sais pas pourquoi. Vraiment pas
Ha ha ha ha. A d'autres. A près tout je m'en fous des raisons. Si ça plaît au Grand Sam, c'est parfait pour moi. Mais enfin, une petite indication lui permettrait de peaufiner son scénario pour votre petit quart d'heure de gloire. Vous ne me ferez pas croire qu'une femme se refuse sans raison. Vous l'aviez trompée?
Non jamais. Enfin juste au tout début de notre histoire. Quand nous n'étions encore qu'à la préface.
Aux préliminaires...
Après plus jamais. Plus jamais pendant 17 ans.
Vous l'aimiez?
Je ne sais pas, je fais partie des hommes qui ont rarement les femmes qu'ils aiment. Il suffit que j'aime une femme à la folie pour qu'elle me fuie. Il y a des exceptions. Mais la plupart du temps c'est comme ça. C'est comme si elles avaient peur d'être trop aimées...Et comme si enamouré, je perdais tous mes moyens de séduction. Quelle étrange fatalité. J'imagine que je l'aimais comme une femme avec qui vous voulez fonder une famille. Quel drame.
J'imagine
Vous, imaginer, ça m'étonnerait. Un jour je lui ai dit une phrase qui l'a blessée. Et de cette blessure est morte notre amour.
Quelle phrase?
C'était une colère. Une grosse colère. Je lui ai dit « A partir de maintenant, je ne te considère plus comme ma femme. Je te considère comme la mère de mes enfants .»
vous n'aviez pas plus méchant?
Ce n'était pas méchant
Non je vois les fleurs et les petits oiseaux chanter..
Vous ne comprenez pas
Si justement très bien.
C'était lui dire tu es plus que tout puisque nous avons fait des enfants ensemble;
Décidément, malgré les années, la gente masculine reste étonnante. Et tellement facétieuse...
Vous ne comprenez pas que cela voulait dire ça?
Mais personne ne comprendrait.
Cela voulait dire, malgré le mal que tu m'as fait, je ne pourrais pas te rejeter parce que tu as créé mes enfants
Et pas macho en plus...
C'était une déclaration d'amour pour la femme qu'elle était devenue.
Formidable clap clap clap
Et puis elle n'avait qu'à pas me laisser assister à la naissance de mon fils
C'est nouveau ça
Oui ce fut pour moi un des pires moments de ma vie. Voir l'être qu'on aime donner naissance à l'être qu'on va aimer en pleurant, suant, saignant et chiant accroupie comme une bête, cela n'est pas vraiment un hymne à l'amour.
Toujours la faute des autres à ce que je vois
Ce coup-là, on me l'a déjà fait. Et ceux qui le tentent sont des gens qui n'accepteront jamais la vérité. Aucune vérité. Et surtout pas celle des autres. Et sûrement pas la mienne.
Nous nous égarons. Je vais entrer votre proposition de quart d'heure dans la machine et nous allons voir ce que nous allons voir...
Moi j'ai déjà vu, 14 ans de désamour. 14 ans de perdus. Et croyez-moi, ça n'en fait pas 140 années de retrouvées.
Ha la machine cherche, c'est bon signe. Elle fouille les tréfonds de sa mémoire...
12:24 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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01.04.2009
J'ai tourné avec Eddy (suite 3)
Ne bougez pas sinon je vous tase, sale déviant.
-…………..
- Hé bien voilà, rien de tel qu’une petite décharge non ? Difficile de revenir hein. Plus de souffle ? Tétanisé ? J’espère que vos neurones sont intacts car l’heure tourne et nous n’avons rien à offrir au grand Sam, notre bienheureux réalisateur mondial. Alors ça pulse ?
- C’est dur…
- Allez, ça ira mieux après
- Pas sûr
- Quoi c’est si personnel ?
- Ma femme
- Votre ex !
- Du temps où nous étions mariés.
Ca oui c’est vrai, à vous voir en ce moment, cela semble si peu probable. Il est loin le grand séducteur non ? Cela m’étonnerait que ça marche mais allez-y. Des histoires de couples, on en eu pas mal. Souvent cela ne va très loin. Pas de quoi déranger les caméras du Grand Sam. Ha si il y eu cette femme qui avait épousé cinq hommes et deux femmes la même année. Un sacré tempérament ! Cela permettais d’entrer dans le sacro-saint sanctuaire du couple enfin des couples en l’occurrence.
Pendant 14 ans...
ha des dates, c'est toujours bon ça.
Pendant 14 ans, nous n'avons pas fait l'amour.
Vous ne pouviez plus?
Vous ne comprenez pas.
…
Pendant 14 ans, niente, nada, des clous
Pas même une petite gâterie?
L'absence totale de tout rapport, l'absence totale de tout amour, l'absence totale de tout nous. Juste deux êtres partageant un même appartement. Avec toutes les apparences d'un couple. Les courses à faire, les enfants à élever, l'argent à gagner, les amis visiter, les amis à recevoir. De moins en moins d'ailleurs. Les cadeaux que l'on continue à acheter aux anniversaires et à la St valentin. Des cadeaux qui ressemblent de moins en moins à l'autre , de plus en plus à soi. Des cadeaux que l'on attend car on continue à les attendre mais avec cynisme. Quel truc stupide va-t-elle réussir à m'offrir cette fois?
Et puis les affrontements. Et puis plus d'affrontements. Juste quelques escarmouches pour des raisons incompréhensibles.
14 ans... Pas mal ça 14 ans. Et en continuant à vivre sous le même toit?
Oui bien sûr. En général, elle prenait un bain tard le soir. Minuit, une heure. Sans doute histoire de se satisfaire et éviter de me côtoyer.
14 ans... Vous n'auriez pas quelque chose de plus précis
14 ans je vous dis Vous ne trouvez pas que c'est assez long?
C'est pour vous que je dis ça, imaginez que le record soit de 14 ans et un jour. Ben vous êtes marron!
Je ne suis pas marrant.
Heu ce n'est as ça que...
14 ans où l'on se demande si ça vaut la peine de vivre comme ça. Et pourquoi on ne part pas
Au fait oui pourquoi n'êtes vous pas parti?
Je suis parti mais au bout de 14 ans. Pourquoi? Les enfants. Je ne me voyais pas les abandonner avant un certain âge.
Par lâcheté en somme?
Parce que je savais qu'elle ne me les laisserait pas. Parce que je ne savais pas où j'irais si je partais. Alors je me suis accroché. Accroché à du rien. Non pas du rien, c'était mes enfants. Je me disais qu'à un certain âge, ils comprendraient. Et là je pourrais partir. C'était à la fois vrai et faux. Ils n'ont pas compris de toute façon...
Vous avez du lui faire mal à cette femme pour qu'elle vous évite?
13:05 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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31.03.2009
J'ai tourné avec Eddy (suite 2)
l'ensemble de la communauté mondiale.
Comme c'est beau...
Abdul Joachin, né à Calcutta. A l'âge de 17 ans il réussit un exploit hors du commun: sauter sur un pied pendant 82 h 28 minutes 7 dixièmes de secondes. hop, hop, hop, hop, hop...hop...hop. Le record!
Chacun son truc... certains sautent, d'autres pas...
Mais parlons un peu de votre fils. Il aime les jeux vidéo?
Oui comme tout le monde je suppose.
C'est encore l'âge où l'on est accro !
Qu'est-ce que cela peut vous faire après tout?
Hé bien... Je ne vous ai pas encore parlé de nos modes d'exécution personnalisés. En ce qui le concerne, il mourra dans sa passion. Nous le ferons participer à l'un de nos « Real Dream Game ». Il se trouvera pris dans le jeu comme jamais. Nous mettrons à sa disposition la meilleures de nos box. Le moindre de ses gestes se répercutera dans le jeu. Tel un dieu, il virevoltera dans les arcanes. Il passera les niveaux haut la main. Car nous le favoriserons lors de son dernier jeu. Il gagnera contre les méchants ou les gentils selon son profil psychologique. Et puis il sera pris à son propre jeu. Un élément du game sera réel, vraiment réel. Il ratera un saut ou bien recevra une balle en plein cœur. Il ne sentira rien. Juste le sang perlera sur sa poitrine ou à la commissure des lèvres. Bien sûr ce « Real Dream Game » dont il sera le héros sera retransmis à destination d'une partie très particulière de notre population. Les sadiques ou autres pervers. C'est une sorte de catharsis qui leur permet de freiner leurs pulsions. Une bonne méthode qui donne des résultats fort encourageants. Le grand Sam ne s'abaisse pas à de de telles pratiques, ses courts-métrages ne trichent pas avec la réalité. Seules les vraies histoires l'intéressent.
Vous êtes fou. Vous allez tuer mon fils et ma fille et puis moi, j'en suis sûr maintenant.
Vous savez si vous commencez maintenant à sauter sur un pied, nous sursoirons à l'exécution... tant que vous tiendrez... Allez oui c'est cela hop hop hop. C'est bien, continuez hop hop hop hop hop hop ho. Quoi déjà fini?
Ff ff ff ff J'ai quelque chose pour vous!
Par la loi Warhol, je vous écoute...
He puis non, je ne vais pas déballer ça comme ça. C’est mes affaires. Et puis ça vous ferait trop rire
Une histoire drôle ? Sam aimerait ça…
Ta gueule connard
… Ha votre fille, votre petite fille. Ce n’est pas juste pour elle. Elle n’a pas encore pu montrer quoi que ce soit. Mais dura lex sed lex !
C'est ça. Et même Solex si vous voulez/ Vous êtes des dingues, si vous touchez à ma fille...
Ha ben quoi, vous ressuscitez peut-être ? Cela aussi cela plairait à Sam. Du jamais vu. Dans l’ère médiatique en tout cas.
Je vous dirai rien
Pauvre petite… je suppose qu’elle aime les univers enchantés, les fées, les lutins, les Blanche Neige, les nains, les tout ça… Les Disney comme on disait. Hé bien bonne nouvelle. Ses dernières 24 heures, elle les passera dans un univers de rêve. Le merveilleux dans toute sa splendeur. On lui passera les meilleurs films du genre. A elle, les lutins, les elfes, les fées…Merveilleux tout ça. 24 heures de gavage, 24 heures de loukoum, de mashmallow, de gomme… Elle ne manquera de rien. Jusque… Jusqu’au moment ou la vilaine sorcière lui apportera la belle pomme… Un savant cocktail qui la tuera juste après la vision du Prince Charmant. Nous savons comment faire plaisir aux jeunes filles ; ha ha hahahahaaha. Ne bougez pas sinon je vous tase, sale déviant.
-…………..
15:31 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30.03.2009
J'ai tourné avec Eddy (suite 1)
Ecoutez, je ne suis pas le monstre que vous pensez. Je ne fais que mon boulot. « Nothing personal ». Just mon boulot. Tenez, je vais même vous aider. Maria Conscienzia Torres, 52 ans, colombienne a réalisé un exploit qui lui a valu son quart d'heure de célébrité. Vous vous rappelez Maria Conscienza...
...
Mais si voyons on en a beaucoup parlé. Elle a réussi à tenir sur la tête 1028 cafards vivants pendant 46 secondes et trois dixième. Les Studios Mondiaux en ont fait un quart d'heure magique. Rappelez-vous un long plan séquence au ralenti partant du cou vers le nez, l'oreille gauche, passant sur les cheveux, puis l'oreille droite et retour sur la nuque. Rappelez-vous ces gros plans sur ces charmantes petites bêtes. La première œuvre de notre sérénissime cinéaste mondial, le grand Sam, lui-même!
Je ne regarde pas la télévision
Déviant juqu'au bout des neurones à ce que je vois! Voyez où ça vous mène!
Normal jusqu'au bout vous voulez dire. Ha si j'y pense une fois j'ai été au lit avec deux femmes.
Voilà, c'est fait je peux partir maintenant?
Clap clap clap clap super. Du jamais vu. Je pense que vous ne comprenez pas la situation. Vous allez vous et votre progéniture être décimés. Pourtant il y en a des choses exceptionnelles à faire. Regardez John Mc Gullock. Il a fait l'ascension du Kilimanjaro en kilt! Une première. Pas bien compliqué de se faire remarquer. Il a eu droit à son petit quart d'heure. Lui, hein?
Il a failli avoir droit à un deuxième quart d'heure d'ailleurs. Pour l'ablation. Ben oui la montagne en kilt. Dans la pure tradition écossaise quoi, ça laisse des séquelles. Aux dernières nouvelles, les ascensions, c'est fini pour lui ha ha ha.
Très drôle mais dans ma situation...
Ecoutez, il n'y a pas que des événements sportifs pour mériter son quart d'heure. Je dirais même que notre Sérénissime, le très grand réalisateur Sam dont l'oeil bienveillant nous observe, a une petite faiblesse pour les drames humains, les galères innommables, les hasards furibards, les catastrophes naturelles ou pas. Les cataclysmes psychologiques, c'est son truc. Tout son talent peut s'exprimer.. Enfin bref, tout ce qui amène la larme à l'oeil ou la haine à l'âme, il aime...
...
Vous avez bien un petit drame psychologique qui traîne là derrière. Une bonne vieille saloperie que personne n'aurait connue avant ou du moins, aurait mal exploitée. Concentrez-vous, non d'un pixel!
...
Ha ha je sens quelque chose, votre œil fuit vers les tréfonds de votre âme... Cherchez, mais vite
Vous êtes sûr que tout cela n'est pas une coméd...
Gérard Duboeuf, né on ne sait où. Mais abandonné dans une poubelle. Emmené dans une décharge, il fut découvert par un employé qui déclare: « Il a eu de la chance, je m'apprêtais à l'écraser avec ma botte. J'pensais que c'était un rat qui couinait. » Une histoire fabuleuse, le deuxième immense succès du Grand Sam! Rappelez, vous ces images volontairement pisseuses tout au long du court-métrage.
'Ai pas la télé
C'est bien votre problème. Vous n'êtes plus en phase avec la société, mon petit Monsieur. Sinon vous auriez vu ce pov'type abandonné ensuite par ses parents adoptifs. Abandonné par sa seule et unique petit amie, aveugle par ailleurs. Abandonné à son sort dans les rues de la ville, mendiant et vivant de sa difformité. Parce qu'il était pas très gâté par la nature le Duboeuf.
Une tête de rat selon les plus optimistes...Hé bien il a eu son quart d'heure de gloire. Car c'est cela la force de la loi Andy Warhol. Tout le monde a sa chance. Il n'y a pas que les sportifs ou les artistes à avoir accès à la célébrité. Les critères pris en compte sont de vrais critères. Valables pour chacun. Pas besoin de courir plus vite, sauter plus haut, chanter plus fort. Chacun a sa chance. Chacun doit avoir sa chance! Nous sommes pour l'égalité. La grande égalité, la Mégalité. Avec un grand M comme Médias. Chez nous aucune vie n'est inutile. Aucune. Pour peu qu'elle débouche sur un quart d'heure d'émotions disponibles pour l'ensemble de la communauté mondiale.
10:27 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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29.03.2009
J'ai tourné avec Eddy
Nous n'irons pas par quatre chemins. Il n'y a rien. Absolument rien de remarquable dans votre vie. Et cela nous pose un problème. Vous êtes un problème.
Taisez-vous. C'est nous qui parlons. Enfin, c'est moi. Le représentant du jury.
Nous vous laissons une dernière chance. Dites-nous en quoi vous mériteriez votre quart d'heure de célébrité. Réfléchissez bien. Vous pourrez tout dire. Parfois, le diable loge dans les détails. Et c'est bien du diable dont vous aurez besoin.
Mais qu'est-ce que c'est que ce tribunal à la noix. Je n'ai rien à vous dire. Je suis tout à fait normal. Rien de spécial. Une femme enfin ex, des enfants, un chat, non deux. Et je ne vois pas pourquoi je devrais être spécial?
Nous vous rappelons la loi médiatique 128, appelée communément loi Warhol, qui énonce « En vertu du principe d'égalité médiatique, tout individu a droit à un quart d'heure de célébrité dans sa vie ». Votre attitude vous met en contradiction avec cette loi.
Mais enfin, c'est ridicule.
Je vous rappelle qu'en vertu de la loi 128 bis, ter et suivantes, il est désormais précisé que « Toute personne qui à l'âge de 53 ans n'aura pas fourni aux Studios Mondiaux au moins une bonne occasion de réaliser un Story Case sur sa vie ou du moins un événement extraordinaire de sa vie méritant un quart d'heure de célébrité, sera exécutée. Lui ainsi que tout membre de sa famille n'ayant pas encore acquitté sa dette envers la Société Médiatique. »
Me tuer pour ça
Vous, votre fils et votre fille.
Mon fils a 20 ans et ma fille 8 ans. Vous êtes devenu fou
C'est vous qui êtes anormal. Pour le bien de la société, nous ne désirons pas que vos gènes se perpétuent.
Vous rigolez, c'est une blague; Je n'ai jamais entendu parler de cette loi.
Nul n'est censé ignorer la Loi Médiatique. Vous feriez mieux de faire comme votre femme.
Mon ex-femme!
Peu importe. Une fois séparée de vous, elle a trouvé les ressources pour accomplir sa tache.
Séparée de moi. Et alors? Vous pensez que c'est moi qui...
Sans vouloir comment dirais-je vous offenser car vous avez peut-être encore quelques sentiments envers elle, sa performance fut comment dire... remplie à la plus grande satisfaction à la fois des participants et des spectateurs...
Qu'est-ce que vous voulez dire, je ne suis pas au courant.
Le plus grand gangbang de l'histoire médiatique ce n'est pas rien...
Mais c'est dégueulasse!
Cessez de juger, c'est nous qui vous jugeons. 3.728 participants. Même si cette performance ne jouit pas d'un caractère innovant, elle a le mérite d'exister. On n'avait jamais vu autant de... glandeurs autour d'une femme. Très méritante votre femme.
Mon ex-
Tandis que vous, vous ne méritez pas d'exister.
Si vous ne pensez pas avoir envie de vivre, c'est votre problème. Mais pensez à vos enfants...
Si ce n'est pas un cauchemar ou une mauvaise plaisanterie, je veux au moins un avocat ou alors c'est une parodie de procès.
Vous êtes votre propre avocat. Prouvez-nous qu' à un quelconque moment de votre de vie, vous avez accompli un acte qui mérite 15 minutes de célébrité.
Ha ben tiens, une fois j'ai fait pipi sur la porte de mon voisin!
Déjà vu.
Mais enfin que voulez-vous que je vous dise, je suis normal. Complètement normal.
Justement pas!
Quoi il faut tuer père et mère pour être normal?
20:44 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, ecrire, blog, vieuxfusil |
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14.01.2008
17h30 (suite)
Il est 18h30. Un jour je partirai. Je lui ai dit. Un jour je partirai. Il a cru que je voulais dire le quitter. Partir pour un autre homme. Mais les hommes sont tous pareils. A la recherche de leur plaisir ou de leur mère. Ce n’est pas cela que je voulais dire. Je voudrais me réveiller bercée par le souffle de la mer, excitée par les parfums vanillés mélangés aux embruns salés, requinquée par le chant d’un oiseau lyre. Je voudrais poser mon pied dans le sable chaud, écarter les orteils, sentir les grains de sable crisser entre, lever la tête et respirer la fraîcheur du large mêlée à la chaleur de l’intérieur des terres. Je voudrais m’enfoncer dans l’eau, éviter une vaguelette capricieuse, éclabousser mes idées noires avec ce bleu turquoise, caresser l’écume des flots sans amertume comme on caresse un projet d’avenir. Je voudrais tant de choses. Tant de choses qui se passent dans ma tête. Juste dans ma tête.
Hier, j’ai du demander l’argent du mois. Comme chaque mois. Il me donne ce qu’il estime nécessaire. Il ne sait pas que tout augmente. Il ne fait jamais les courses. Il ne pourrait même pas dire le prix du pain. Comment veut-il que je m’en sorte.
Je m’inquiète pour mon fils. On ne le voit presque plus depuis qu’il vit à Bruxelles. Il est objecteur de conscience. Il ne veut pas faire son service militaire. Alors, il travaille dans un organisme pour pas grand-chose. Il peut à peine payer son kot. Alors il faut que je garde de l’argent sur ce qu’il me donne. Pour mon fils. Il ne faut pas qu’il devienne comme moi. Il faut qu’il réussisse sa vie. Qu’il en fasse quelque chose. Qu’il y ait de l’espoir en lui.
Je pèle les patates. Le repas du représentant de conneries sera prêt ce soir comme tous les soirs. Saucisse, patate à l’eau, compote de pommes. Repas chaud. Moi je ne mangerai pas. Je n’ai pas faim. Et puis j’ai mal à l’œsophage. Comme une boule qui voudrait remonter et n’y arrive pas. Du coup je fais des renvois à longueur de journée et ça me fait mal. Ma mère aussi pelait des patates. Du temps qu’elle tenait sa friterie à Wasmes. Des kilos et des kilos de frites. De quoi faire son beurre et acheter des maisons qu’elle loue. Louait. Ma mère est morte il y a un mois. Je me suis toujours demandé si elle m’aimait. Difficile à dire. Mon père aussi je me suis toujours demandé. Lui est mort de la maladie du mineur. Il on lui a troué la trachée pour l’aider à respirer mais il est mort quand même.
18:29 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vieuxfusil plage histoire |
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04.01.2008
sans titre
Il est 17h30. Le temps se fait long. Je repasse ma lavette sur l’évier. Il est propret. Il n’y a pas d’eau chaude à la cuisine. Ce soir pour la vaisselle, comme chaque jour, il faudra aller à la salle de bain. Mon fils le fera. Un seau jaune, plus une bassine bleue. Ce sera assez pour remplir les deux bacs du lavabo de la cuisine. Comme chaque soir je ferai la vaisselle. Comme tous les soirs..
Mon fils. Il n’est pas comme les autres. Il n’est pas comme son père. Il est beau quand il sourit, je lui ai déjà dit. Mais il sourit peu. Mon fils me ressemble. Il a l’esprit de ceux qui aiment la vie. Pas ceux qui aiment l’argent. Il fait de belles études. Il réussira. Pas comme moi, ménagère. Femme de représentant de commerce. Il rentre à 7 heures. Il mange. Il fait ses bons de commandes. Il rature. Il recommence. Et le matin il part. Sur les routes. Il vend. Il vend des articles cadeaux. Mais moi, jen’en ai jamais de cadeau. Je frotte, je lave, je nettoie, je fais resplendir. Je m’écrase, je m’aplatis, je me maudis, je m’excrémente, je me lamente…
21:19 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : foyer, menagere, suicide |
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vent
Y a un mec que j’aime bien. Prévost. Oui oui l’acteur. Ce matin il a dit « Tout le monde peut écrire. Pour ça il suffit d’une chose : pas se dégonfler »
Pssssssiiitttt
20:45 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23.11.2007
Ailleurs
Vous avez sûrement déjà fait l'expérience: vous avez vécu un événement ou l'avez observé de près mais quand vous entendez le compte rendu par les médias, cela ne correspond pas à votre ressenti. Le problème c'est qu'il en est de même pour tous les sujets traités par les médias.
Désormais, plus aucune information ne peut être considérée comme objective ou impartiale. Tout vient de quelque part. Un endroit où vous n'êtes pas...
La seule réalité est celle que l'on crée.
19:45 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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21.11.2007
Partage
Salut,
Parfois, on ne sait pourquoi on est ému... Faiblesse congénitale ou passagère...Hormones de décroissance qui nous ramènent à l'enfance en passant par la case adolescence...
On pourrait allumer la télé pour oublier sa faiblesse. Ou se bourrer la gueule pour faire le fort.
On pourrait engueuler la caissière alors qu'elle n'a rien fait sinon rater son code. On pourrait franchir le mur du con. Blanchir le mur du fond. Grandir sur le balcon. Aller en boîte. Sortir. Voir du monde. Passer dans un autre monde. Et puis non on a l'envie de partager...
http://www.dailymotion.com/video/x20ki2_renan-luce-la-lettre
21:24 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23.10.2007
Pour VDB
Cet après midi, juste un SMS de VDB. Un vieil ami. Nous avons usé nos belles années en faculté et y avons perdu les nôtres. Lui surtout. Alcoolo. Au plus haut degré. Au moins 101 ° à vue de nez...
"Salut Mitch, j'entre demain à l'hosto à Mons. G plus qu'1/3 de poumon gauche et 6 fractures. Cela fait du bien de sentir que l'on vit"
Ce qu'il faut pas faire pour sentir que l'on vit...
21:21 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27.06.2007
Il y a si longtemps (suite & fin)
Ci-contre, l'ensemble de l'histoire (reprise depuis le début ) et la fin...
Bonjour à tous.
Il y a si longtemps
Peu à peu nos yeux se sont habitués à l’obscurité. La nuit même le jour. La nuit et le jour : la nuit. Le jour est la nuit. Sûr qu’on ne verra plus jamais le soleil ma sœur et moi. C’est juste un souvenir. Un souvenir jaune. Pâle comme l’image de Jésus dans la chapelle de l’orphelinat. Il y a si longtemps que nous sommes ici et tu n’as pas pris une ride.
Jésus avec sa petite barbe et son linge blanc négligemment posé sur son ventre. Le bas. Jésus que les religieuses nous disaient d’adorer. Jésus, venu pour sauver les hommes. J’espérais qu’il nous sauverait mon frère et moi. On espérait qu’il ressusciterait à l’orphelinat de B…
Il y a si longtemps que nous sommes ici et tu n’as pas changé.
Il y a si longtemps que tu n’as pas changé.
Il y a si longtemps que tu n’as pas pris une ride
*****
D’autant que je me souvienne, j’ai toujours aimé ce terril. Enfant déjà. Je me rappelle quelques gamelles d’anthologie. On descendait le cul sur de vieilles portes de voiture et ça défilait à tombeau ouvert. Même qu’un jour le petit Carlo, on l’avait ramené en piteux état à ses parents, de braves Abruzzeses venus en Belgique pour échapper à la misère économique de leur vallée d’origine. Une fois certain qu’il n’était pas vraiment amoché, son père lui avait tiré les oreilles, on aurait dit P‘Tilapin, comme dans le dessin animé qui passait sur
Mon terril a bien évolué. Je veux dire beaucoup. Je le parcours maintenant presqu’à titre professionnel. J’examine les progressions de la flore et de la faune. Dans quelques années, j’espère en tirer un livre qui se taillera un euro succès. Dans le milieu des passionnés des terrils s’entend…
*****
On se regarde mais on ne se voit plus. On s’entend mais on ne se parle plus. C’est comme si nous étions reliés télépathiquement. Comme par osmose. Je sais ce qu’elle pense. Elle pense à moi son frère le plus souvent. Souvent aussi elle pense à l’orphelinat. Et ses yeux deviennent tristes mais ils ne pleurent pas. Depuis que nous sommes ici, nous ne savons plus pleurer.
Je sais ce que pense mon frère. Et lui sait ce que je pense. Le plus souvent, il pense à moi. Et ses yeux deviennent tristes. Mais il ne pleure pas. Il ne sait pas. Tout comme moi. Parfois il pense à l’orphelinat. Mais c’est de la colère qui luit dans ses yeux couleur charbon. Nous nous regardons mais nous ne nous voyons pas. J’ai 7 ans depuis mille ans…
Nous ne pleurons pas. Nous avons assez pleuré à l’orphelinat.
Nous ne rions pas. Nous ne savons pas ce qu’est le rire.
*****
Il y a plein de trucs bizarres sur mon terril. Tout d’abord, cette immense croix qui le surplombe et lui donne de faux airs de Mont Athos. Dans une région si peu catholique, cela fait bizarre. Peu orthodoxe disons… On imagine un couvent au sommet alors qu’il n’y a qu’une croix en béton qui peu à peu s’effrite. Cette croix est le vestige d’une immense procession dont le souvenir s’effrite tout autant que la croix… Peu de gens se souvienne… C’est étrange cette croix. Mais moins étrange que les drôles de paroissiens que je côtoie sur les pentes de mon terril. Il faut voir les machaons papillonner de carottes en carottes à la recherche du meilleur endroit où déposer leurs œufs. La présence de carottes sauvages leur a permis une belle acclimatation sur ces pentes douces. Tout comme les criquets à ailes bleues qui enchantent les longues soirées d’été que je passe parfois ici. Les libellules quant à elle raffolent des grandes flaques, disséminées un peu partout, où elles peuvent pondre tranquilles. Même le lézard des murailles dont ce n’est pas vraiment l’ère de prédilection –il a plutôt l’accent du Sud- se prélasse sur les schistes noirs en se disant que le réchauffement climatique lui assurera quelques belles années…
Mon terril, c’est un peu comme un coin de Provence. Ne manque plus que l’on y plante un peu de cabernet ou de syrah. A ce moment les gens du Borinage ne rouleront plus les « r », ils termineront leurs phrases par « putaing con ».
Parfois, j’ai l’impression que mon terril vit. Je ne parle pas de ce qu’il y a autour et alentour mais bien de lui en tant qu’entité. J’ai parfois de drôles d’idées. Putaing con.
*****
J’ai 7 ans. Depuis quelques dizaines d’années, j’ai 7 ans. Je ne vieillis pas. Pas une ride. La vie s’écoule imperturbable dans ces galeries toutes noires. Je ne vois plus mon frère mais je le devine. Je lui parle dans la tête. Parfois je sens aussi d’autres présences. Des âmes sombres enfermées pas loin sans doute. Elles souffrent, elles errent perdues dans ce dédale. Parfois, je sens une drôle d’odeur. Ce sont elles ou alors c’est ce qui les a fait mourir, le gaz…Nos journées sont rythmées par nos visites à la source. C’est un endroit magnifique.
J’ai 7 ans. Depuis toujours, j’ai 7 ans. Je ne grandis plus. Je suis jeune à l’infini. Je suis toujours avec ma sœur. Sauf parfois quand je cherche les âmes en peine, j’aimerais tant leur parler. Mais elles se cachent. Ou alors elles sont invisibles. Pourtant, j’aimerais tant leur montrer la source. Ca leur ferait du bien. L’eau est chaude. S’y baigner est mon plus grand plaisir. L’eau a des reflets d’or que je devine dans ma tête. Cette source nous sauve. Aussi vrai que nous nous sommes sauvés de l’orphelinat
C’est cette source qui coule en nous.
C’est cette source qui nous sauve
*****
Hier, mon terril a failli m’engloutir. Je me promenais attentif aux fureurs tranquilles de la vie qui l’envahit, lorsque le sol se dérobât sous moi. Patatras, ma jambe était happée comme un vulgaire jambon sur l’étal du boucher. Heureusement comme mon terril, je possède encore des ressources insoupçonnées et en un coup de rein- je devrais plutôt dire tour de rein vu l’état dans lequel je me trouve ce matin- je rétablis la situation en même temps que ma dignité… C’est vrai qu’il est plein de surprises mon terril, il lui arrive encore de chauffer dur…Il n’y a pas très longtemps que la combustion interne qui l’animait s’est calmée. Une combustion lente que rien ne peut arrêter sinon le temps. Mon terril est un peu comme ces vieux mineurs qui les poumons mangés par les poussières du charbon continuaient à tirer sur leurs St Michel sans bout filtre… Je me rappelle les paquets verts des cigarettes de mon grand père avec le saint terrassant le dragon. Mon grand père, c’est la maladie du mineur qui l’a terrassé : Silicose Valley…
Il ne faut le dire à personne mais je rapporte autre chose que des souvenirs de mon terril. J’y ai découvert quelques pommiers et poiriers de bonne qualité. Ne me demandez pas comment ils sont arrivés là ni pourquoi ces variétés sont si bonnes ? La nature a ses mystères et il faut les respecter. Les pruniers par contre donnent de petits fruits bien sûuuurtttts. J’en fais une liqueur qui a le bonheur de plaire aux dames. Sacré terril…
*****
Mon frère s’ennuie. Il n’a pas la patience des femmes. Il y a si longtemps que nous sommes ici. Parfois pour tromper l’ennui, je repense à l’orphelinat. Particulièrement à ce jour de Noël. Il y a si longtemps. On nous avait rassemblé dans le grand réfectoire. Nous tous les orphelins et orphelines. Il n’y avait pas que nous. Il y avait des adultes, beaucoup d’adultes. Des Messieurs très bien. Ils avaient leurs habits du dimanche. Pour nous, c’était tous les jours lundi question habits. A leur bras se tenaient leurs dames, très droites, très fières, très blanches. Un sourire un peu niais transfigurait leur visage un peu trop dur. Les hommes aussi étaient fiers. Fiers d’avoir de beaux habits, fiers d’avoir une belle montre au poignet et une belle femme au bras. Ils étaient un peu rougeauds aussi à cause de leur col empesé ou de leur cravate serpentant autour du cou comme un boa constrictor.
Les Sœurs souriaient comme elles ne souriaient jamais. Laissant entrevoir leurs dents gâtées, elles se fendaient jusqu’aux yeux. C’était un peu triste à voir. Près des Sœurs, des prélats se prélassaient. En habit de cérémonie, ils sentaient la naphtaline et avaient tous des airs de bons Samaritains…
*****
Parfois je vais seul à la source. C’est un endroit magique. On y accède par un boyau étroit qui débouche sur une caverne étrange. Il y a toujours de la lumière. On dirait une cathédrale gothique. Comme je n’y vois rien, mes doigts sont mes yeux et mon cœur imagine. Il y a des schistes très doux comme polis par le temps, d’autres plus rugueux dépolis par la vie. Il y a des grès splendides traversés de veines rouges comme le sang. Parfois des paillettes mordorées crépitent comme des flammèches flamboyantes. La lumière joue à saut de mouton sur les arêtes de pierre et je pense à l’or du pays du bonheur. Je pense à un pays magnifique où la nourriture coule à flot, où les gens sont bons et amoureux. Je pense à un pays où il n’y a pas d’orphelins, où il n’y a pas de requins, où les gens pensent ce qu’ils disent et ne font que le bien. Ce pays-là existe mais je ne le verrai jamais. Alors la colère me prend et ma volonté se tend pour que ce monde vienne à moi. En vain. Alors je retourne près de ma sœur et je sais qu’elle pense à ce fameux jour à l’orphelinat.
*****
Il y avait tous ces adultes aux sourires d’enfants. Ils avaient tous donné leur obole pour que cela soit aussi Noël pour les orphelins. Et près de la crèche trônant au centre de la pièce, des centaines de cadeaux traînaient. Ils nous attendaient. Et nous les attendions. Dieu comme nous les attendions. Des nounours, des poupées, des dînettes, deux gros téléphones rouges reliés par une longue corde blanche, un fortin de cow-boy que mon frère lorgnait. Moi je voulais ce cheval au galop très mécanique. On remontait le ressort à l’aide de la clé et le cheval se cabrait. D’abord, tellement vite qu’il avançait. Puis au fur à mesure son galop s’épuisait et il fallait le retenir pour l’empêcher de tomber. Flop… Ce jour-là, je me suis sentie tellement heureuse à l’idée de recevoir mon cadeau. Moi la petite Cosette, la petite immigrée, la petite fille au cœur grand comme ça, j’allais être heureuse comme les autres enfants. Il y a si longtemps…
*****
Après quelques jours où j’étais patraque, je suis revenu sur mon terril. C’est terrible, j’ai l’impression qu’il vit. Je ne parle pas de la vie qui s’exprime sur ses pentes. Les animaux, les plantes, tout ça. Non. Je parle d’autre chose. C’est plus qu’une impression, c’est une vérité qui s’impose en mon âme et conscience. Parfois j’entends comme une douce mélopée qui sort de ses entrailles. Pas des bruits organiques non. Vraiment une complainte. On dirait. On dirait un chant religieux. Oui c’est cela, on dirait que les sœurs d’un couvent se sont réunies et psalmodient. Et pourtant, cela me rappelle une chanson. Je n’arrive pas à mettre un nom sur cette chanson… Comme dirait mon cousin « faudrait que j’arrête de sniffer les poussières de mon terril, ça me rend bizarre ». Wais faudrait…
*****
Il y a si longtemps que je suis ici. Je n’ai pas la patience de ma sœur. Alors je viens ici près de la source et je bois son eau miraculeuse. Elle me rend jeune à l’infini. Mais il n’y a personne pour le savoir. Ha si je pouvais partager mon secret. Trinquer à la vie éternelle avec quelqu’un. Ma sœur, ce n’est pas quelqu’un, c’est un autre moi-même. Moi je suis seul à jamais. Près de ma source, je bois aussi à la fontaine de mes souvenirs. Et puis je chante. Ou plutôt ma tête chante. Ma bouche reste close. Mais je chante dans ma tête. Une veille chanson sur un vieux disque que mon père m’avait offert avant sa mort. On y parle de jungle et d’animaux et de roi. Owi-mo-wé, Owi-mo-wé, Owi-mo-wé… Alors, ma voix, ma voix de tête gonfle, gonfle, elle envahit le monde. J’aimerais bien voir le monde. J’aimerais bien voir du monde. Mais le monde est cruel. Tout le monde est cruel. Comme ce lendemain de Noël … Je m’étais oublié dans le lit du dortoir. J’étais souillé. Mon urine avait mouillé ma culotte avant d’inonder le matelas. C’était doux et chaud. J’aimais bien.
Au réveil,
Hier, assis près de la source, j’ai pensé très fort à un papillon. Je le voyais dans mon esprit virevolter, épris de liberté. Et chose extraordinaire, un papillon est apparu. Je l’ai senti. Et puis je l’ai vu ou cru le voir. Il était blanc et gris avec quelques ronds orange et bleu. Les motifs très découpés qui parsemaient ses ailes faisaient penser à des vitraux d’église. Peut-être existe-t-il une sortie vers l’air libre finalement ?
*****
Il y a si longtemps mais je me rappelle comme si c’était hier. Le lendemain de Noël, il n’y eut pas de cadeau. Ni le surlendemain. Ni le jour après. Ni aucun jour de la vie. Tout cela n’avait été qu’une comédie. Une mise en scène des Sœurs à l’usage des bienheureux donateurs. Ils pensaient que leurs dons avaient fait des heureux. Les pauvres…Et nous les pauvres, nous avions été bienheureux. L’espace d’une nuit. Nous les avons eu nos jouets. Oui dans nos rêves. Flop…
Tous les enfants étaient tristes, sauf les vieux qui avaient déjà assisté à la même comédie l’année d’avant et puis l’année d’avant. Chaque année… Et puis, il y avait eu cette affaire avec mon frère. Cette lamentable punition née dans le cerveau d’un être sans coeur. Cette terrible humiliation au lendemain de Noël. Il y a si longtemps et pourtant je revois mon frère comme si c’était hier, crucifié sur sa chaise. Sur son front coulait un peu d’urine mais sur sa joue c’étaient des larmes. C’est ce jour-là que nous avons pris la décision.
*****
Hier ce fut encore plus étrange. J’étais près de la source. L’eau était d’une pureté exceptionnelle. J’en avais bu pas mal. Pour oublier que je ne serai jamais vieux. Je repensais aux âmes perdues. Celles de tous les mineurs qui hantaient les lieux. Et l’une d’elle me parla dans la tête. Il y a très longtemps, les mineurs descendaient dans la mine avec des canaris. Ces petits compagnons d’infortune servaient de sirène d’alarme. Non qu’ils chantent particulièrement bien lorsque les gaz dangereux se forment. Non, non… Ils suffoquent et meurent tout simplement. Parfois, les âmes des mineurs sont très noires. Parce qu’ils ont trop souffert…
Je n’ai pu m’empêcher de penser très fort à un joli canari. Et soudain, il y en eut un. Juste devant mes yeux qui ne voient plus. Son chant était beau et mélancolique. Et je sentais ses petites ailes frôler mon front et mes joues… Et si la source n’avait pas livré tous ses secrets, tous ses pouvoirs ?
*****
Mon frère m’inquiète. Le temps est trop long pour lui. Il passe trop de temps à la source. C’est un endroit merveilleux. Mais il y passe trop de temps. Il me manque. Il est si fragile. J’ai peur qu’il fasse une bêtise.
*****
Il n’est pas possible d’être heureux quand on est seul. Et pas possible d’être seul quand on est heureux. Le bonheur a sa source ici sous ce terril. Je ne veux plus être seul. Je veux. Je le veux très fort.
*****
C’est une journée comme je les aime. Le soleil s’est levé du bon pied et fait resplendir chaque recoin de mon terril. Les schistes brillent, les coquelicots rougissent, les pies s’amusent. Il y a du bonheur dans l’air. Je viens de découvrir une dactylorhize incarnat non loin d’une mare. C’est une orchidée superbe…Dommage que je n’ai pas pris mon appareil photo. Cela fait deux heures que je marche maintenant. C’est étrange. J’entends à nouveau cette lente mélopée. Elle vient du ventre du terril. J’en ai la chair de poule…
Je m’approche lentement de l’endroit d’où semble provenir ce chant si beau et si triste. J’avance difficilement dans les ronces. Il se défend bien mon terril…
Cette complainte m’obsède maintenant. Cela me prend à la gorge comme si quelqu’un m’appelait. Qu’est-ce qui m’a pris de m’enfoncer jusqu’ici ? Il ne faut pas que je reste. Rebrousser chemin dans cette brousse. Il le faut.
Aïe. Ma jambe. Je tombe. Je glisse comme quand enfant je dévalais les pentes du terril. Mais là je suis à l’intérieur. Comme cette descente est longue. Trop longue. J’avale la poussière. Je suis dans le noir. J’ai mal partout. J’ai peur. Ma jambe me fait mal. Je l’ai entendu craquer. Finir ainsi quel dommage. Je suis seul. Personne ne saura jamais ce que je suis devenu. Mon livre ne sera jamais publié. Mes enfants ne naîtront jamais. Je vais mourir dans ce terril. Mon terril, ma tombe.
*****
« Monsieur ? Monsieur ? Monsieur… Levez-vous. Oui comme ça. C’est bien. Venez. Suivez-moi. Mettez votre main sur mon épaule. Non, plus bas. Oui comme ça. Venez, je vais vous faire vivre ma source ».
***
Tragique disparition à l’orphelinat de B… (Article du Journal
Toute la commune de B… est en émoi. On est sans nouvelles de deux petits orphelins accueillis à l’orphelinat du village. Disparition crapuleuse ou fugue ? La police ne prend pas position…
Selon toute vraisemblance, c’est ce vendredi 28 que le petit Salvatore Di Antonio et sa sœur Sandra ont disparu de l’Etablissement tenu par les Sœurs de
A. V.
08:41 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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21.06.2007
Il y a si longtemps (suite)
Mon frère m’inquiète. Le temps est trop long pour lui. Il passe trop de temps à la source. C’est un endroit merveilleux. Mais il y passe trop de temps. Il me manque. Il est si fragile. J’ai peur qu’il fasse une bêtise.
*****
Il n’est pas possible d’être heureux quand on est seul. Et pas possible d’être seul quand on est heureux. Le bonheur a sa source ici sous ce terril. Je ne veux plus être seul. Je veux. Je le veux très fort.
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C’est une journée comme je les aime. Le soleil s’est levé du bon pied et fait resplendir chaque recoin de mon terril. Les schistes brillent, les coquelicots rougissent, les pies s’amusent. Il y a du bonheur dans l’air. Je viens de découvrir une dactylorhize incarnat non loin d’une mare. C’est une orchidée superbe…Dommage que je n’ai pas pris mon appareil photo. Cela fait deux heures que je marche maintenant. C’est étrange. J’entends à nouveau cette lente mélopée. Elle vient du ventre du terril. J’en ai la chair de poule…
19:33 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terril, orphelinat, enfants, source, dactylorhize, melopee |
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19.06.2007
Il y a si longtemps (suite)
Il y a si longtemps mais je me rappelle comme si c’était hier. Le lendemain de Noël, il n’y eut pas de cadeau. Ni le surlendemain. Ni le jour après. Ni aucun jour de la vie. Tout cela n’avait été qu’une comédie. Une mise en scène des Sœurs à l’usage des bienheureux donateurs. Ils pensaient que leurs dons avaient fait des heureux. Les pauvres…Et nous les pauvres, nous avions été bienheureux. L’espace d’une nuit. Nous les avons eu nos jouets. Oui dans nos rêves. Flop…
Tous les enfants étaient tristes, sauf les vieux qui avaient déjà assisté à la même comédie l’année d’avant et puis l’année d’avant. Chaque année… Et puis, il y avait eu cette affaire avec mon frère. Cette lamentable punition née dans le cerveau d’un être sans coeur. Cette terrible humiliation au lendemain de Noël. Il y a si longtemps et pourtant je revois mon frère comme si c’était hier, crucifié sur sa chaise. Sur son front coulait un peu d’urine mais sur sa joue c’étaient des larmes. C’est ce jour-là que nous avons pris la décision.
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Hier ce fut encore plus étrange. J’étais près de la source. L’eau était d’une pureté exceptionnelle. J’en avais bu pas mal. Pour oublier que je ne serai jamais vieux. Je repensais aux âmes perdues. Celles de tous les mineurs qui hantaient les lieux. Et l’une d’elle me parla dans la tête. Il y a très longtemps, les mineurs descendaient dans la mine avec des canaris. Ces petits compagnons d’infortune servaient de sirène d’alarme. Non qu’ils chantent particulièrement bien lorsque les gaz dangereux se forment. Non, non… Ils suffoquent et meurent tout simplement. Parfois, les âmes des mineurs sont très noires. Parce qu’ils ont trop souffert…
Je n’ai pu m’empêcher de penser très fort à un joli canari. Et soudain, il y en eut un. Juste devant mes yeux qui ne voient plus. Son chant était beau et mélancolique. Et je sentais ses petites ailes frôler mon front et mes joues… Et si la source n’avait pas livré tous ses secrets, tous ses pouvoirs ?
11:41 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terril, orphelinat, source, borinage, histoire |
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17.06.2007
Il y a si longtemps (suite)
Après quelques jours où j’étais patraque, je suis revenu sur mon terril. C’est terrible, j’ai l’impression qu’il vit. Je ne parle pas de la vie qui s’exprime sur ses pentes. Les animaux, les plantes, tout ça. Non. Je parle d’autre chose. C’est plus qu’une impression, c’est une vérité qui s’impose en mon âme et conscience. Parfois j’entends comme une douce mélopée qui sort de ses entrailles. Pas des bruits organiques non. Vraiment une complainte. On dirait. On dirait un chant religieux. Oui c’est cela, on dirait que les sœurs d’un couvent se sont réunies et psalmodient. Et pourtant, cela me rappelle une chanson. Je n’arrive pas à mettre un nom sur cette chanson… Comme dirait mon cousin « faudrait que j’arrête de sniffer les poussières de mon terril, ça me rend bizarre ». Wais faudrait…
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Il y a si longtemps que je suis ici. Je n’ai pas la patience de ma sœur. Alors je viens ici près de la source et je bois son eau miraculeuse. Elle me rend jeune à l’infini. Mais il n’y a personne pour le savoir. Ha si je pouvais partager mon secret. Trinquer à la vie éternelle avec quelqu’un. Ma sœur, ce n’est pas quelqu’un, c’est un autre moi-même. Moi je suis seul à jamais. Près de ma source, je bois aussi à la fontaine de mes souvenirs. Et puis je chante. Ou plutôt ma tête chante. Ma bouche reste close. Mais je chante dans ma tête. Une veille chanson sur un vieux disque que mon père m’avait offert avant sa mort. On y parle de jungle et d’animaux et de roi. Owi-mo-wé, Owi-mo-wé, Owi-mo-wé… Alors, ma voix, ma voix de tête gonfle, gonfle, elle envahit le monde. J’aimerais bien voir le monde. J’aimerais bien voir du monde. Mais le monde est cruel. Tout le monde est cruel. Comme ce lendemain de Noël … Je m’étais oublié dans le lit du dortoir. J’étais souillé. Mon urine avait mouillé ma culotte avant d’inonder le matelas. C’était doux et chaud. J’aimais bien.
Au réveil,
Hier, assis près de la source, j’ai pensé très fort à un papillon. Je le voyais dans mon esprit virevolter, épris de liberté. Et chose extraordinaire, un papillon est apparu. Je l’ai senti. Et puis je l’ai vu ou cru le voir. Il était blanc et gris avec quelques ronds orange et bleu. Les motifs très découpés qui parsemaient ses ailes faisaient penser à des vitraux d’église. Peut-être existe-t-il une sortie vers l’air libre finalement ?
19:40 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terril source enfants machaon borinage |
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12.06.2007
Il y a si longtemps (suite)
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Parfois je vais seul à la source. C’est un endroit magique. On y accède par un boyau étroit qui débouche sur une caverne étrange. Il y a toujours de la lumière. On dirait une cathédrale gothique. Comme je n’y vois rien, mes doigts sont mes yeux. Il y a des schistes très doux comme polis par le temps, d’autres plus rugueux dépolis par la vie. Il y a des grès splendides traversé de veines rouges comme le sang. Parfois des paillettes mordorées crépitent comme des flammèches flamboyantes. La lumière joue à saut de mouton sur les arêtes de pierre et je pense à l’or du pays du bonheur. Je pense à un pays magnifique où la nourriture coule à flot, où les gens sont bons et amoureux. Je pense à un pays où il n’y a pas d’orphelins, où il n’y a pas de requins, où les gens pensent ce qu’ils disent et ne font que le bien. Ce pays-là existe mais je ne le verrai jamais. Alors la colère me prend et ma volonté se tend pour que ce monde vienne à moi. En vain. Alors je retourne près de ma sœur et je sais qu’elle pense à ce fameux jour à l’orphelinat.
*****
Il y avait tous ces adultes aux sourires d’enfants. Ils avaient tous donnés leur obole pour que cela soit aussi Noël pour les orphelins. Et près de la crèche trônant au centre de la pièce, des centaines de cadeaux traînaient. Ils nous attendaient. Et nous les attendions.Dieu comme nous les attendions. Des nounours, des poupées, des dînettes, deux gros téléphones rouges reliés par une longue corde blanche, un fortin de cow-boy que mon frère lorgnait. Moi je voulais ce cheval au galop très mécanique. On remontait le ressort à l’aide de la clé et le cheval se cabrait. D’abord, tellement vite qu’il avançait. Puis au fur à mesure son galop s’épuisait et il fallait le retenir pour l’empêcher de tomber. Flop… Ce jour-là, je me suis sentie tellement heureuse à l’idée de recevoir mon cadeau. Moi la petite Cosette, la petite immigrée, la petite fille au cœur grand comme ça, j’allais être heureuse comme les autres enfants. Il y a si longtemps…
14:35 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : source, lire, mineur, terril |
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23.05.2007
(sans titre) suite 2
Hier, mon terril a failli m’engloutir. Je me promenais attentif aux fureurs tranquilles de la vie qui l’envahit, lorsque le sol se dérobât sous moi. Patatras, ma jambe était happée comme un vulgaire jambon sur l’étal du boucher. Heureusement comme mon terril, je possède encore des ressources insoupçonnées et en un coup de rein- je devrais plutôt dire tour de rein vu l’état dans lequel je me trouve ce matin- je rétablis la situation en même temps que ma dignité… C’est vrai qu’il est plein de surprises mon terril, il lui arrive encore de chauffer dur…Il n’y a pas très longtemps que la combustion interne qui l’animait s’est calmée. Une combustion lente que rien ne peut arrêter sinon le temps. Mon terril est un peu comme ces vieux mineurs qui les poumons mangés par les poussières du charbon continuaient à tirer sur leurs St Michel sans bout filtre… Je me rappelle les paquets verts des cigarettes de mon grand père avec le saint terrassant le dragon. Mon grand père, c’est la maladie du mineur qui l’a terrassé : Silicose Valley…
Il ne faut le dire à personne mais je rapporte autre chose que des souvenirs de mon terril. J’y ai découvert quelques pommiers et poiriers de bonne qualité. Ne me demandez pas comment ils sont arrivés là ni pourquoi ces variétés sont si bonnes ? La nature a ses mystères et il faut les respecter. Les pruniers par contre donnent de petits fruits bien sûuuurtttts. J’en fais une liqueur qui a le bonheur de plaire aux dames. Sacré terril…
*****
Mon frère s’ennuie. Il n’a pas la patience des femmes. Il y a si longtemps que nous sommes ici. Parfois pour tromper l’ennui, je repense à l’orphelinat. Particulièrement à ce jour de Noël. Il y a si longtemps. On nous avait rassemblé dans le grand réfectoire. Nous tous les orphelins et orphelines. Il n’y avait pas que nous. Il y avait des adultes, beaucoup d’adultes. Des Messieurs très bien. Ils avaient leurs habits du dimanche. Pour nous, c’était tous les jours lundi question habits. A leur bras se tenaient leurs dames, très droites, très fières, très blanches. Un sourire un peu niais transfigurait leur visage un peu trop dur. Les hommes aussi étaient fiers. Fiers d’avoir de beaux habits, fiers d’avoir une belle montre au poignet et une belle femme au bras. Ils étaient un peu rougeauds aussi à cause de leur col empesé ou de leur cravate serpentant autour du cou comme un boa constrictor.
Les Sœurs souriaient comme elles ne souriaient jamais. Laissant entrevoir leurs dents gâtées, elles se fendaient jusqu’aux yeux. C’était un peu triste à voir. Près des Sœurs, des prélats se prélassaient. En habit de cérémonie, ils sentaient la naphtaline et avaient tous des airs de bon Samaritains…
12:44 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : source, terril, orphelin, schiste |
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09.05.2007
(Sans Titre)suite
*****
Il y a plein de trucs bizarres sur mon terril. Tout d’abord, cette immense croix qui le surplombe et lui donne de faux airs de Mont Athos. Dans une région si peu catholique, cela fait bizarre. Peu orthodoxe disons…On imagine un couvent au sommet alors qu’il n’y a qu’une croix en béton qui peu à peu s’effrite. Cette croix est le vestige d’une immense procession dont le souvenir s’effrite tout autant que la croix… Peu de gens se souvienne. C’est étrange cette croix. Mais moins étrange que les drôles de paroissiens que je côtoie sur les pentes de mon terril. Il faut voir les machaons papillonner de carottes en carottes à la recherche du meilleur endroit où déposer leurs œufs. La présence de carottes sauvages leur a permis une belle acclimatation sur ces pentes douces. Tout comme les criquets à ailes bleues qui enchantent les longues soirées d’été que je passe parfois ici. Les libellules quant à elle raffolent des grandes flaques, disséminées un peu partout, où elles peuvent pondre tranquilles. Même le lézard des murailles dont ce n’est pas vraiment l’ère de prédilection –il a plutôt l’accent du Sud- se prélasse sur les schistes noirs en se disant que le réchauffement climatique lui assurera quelques belles années…
Mon terril, c’est un peu comme un coin de Provence. Ne manque plus que l’on y plante un peu de cabernet ou de syrah. A ce moment les gens du Borinage ne rouleront plus les « r », ils termineront leurs phrases par « putaing con ».
Parfois, j’ai l’impression que mon terril vit. Je ne parle pas de ce qu’il y a autour et alentours mais bien de lui en tant qu’entité. J’ai parfois de drôles d’idées. Putaing con.
*****
J’ai 7 ans. Depuis quelques dizaines d’années, j’ai 7 ans. Je ne vieillis pas. Pas une ride. La vie s’écoule imperturbable dans ces galeries toutes noires. Je ne vois plus mon frère mais je le devine. Je lui parle dans la tête. Parfois je sens aussi d’autres présences. Des âmes sombres enfermées pas loin sans doute. Elles souffrent, elles errent perdues dans ce dédale. Parfois, je sens une drôle d’odeur. Ce sont elles ou alors c’est ce qui les a fait mourir, le gaz…Nos journées sont rythmées par nos visites à la source. C’est un endroit magnifique.
J’ai 7 ans. Depuis toujours, j’ai 7 ans. Je ne grandis plus. Je suis jeune à l’infini. Je suis toujours avec ma sœur. Sauf parfois quand je cherche les âmes en peine, j’aimerais tant leur parler. Mais elles se cachent. Ou alors elles sont invisibles. Pourtant, j’aimerais tant leur montrer la source. Ca leur ferait du bien. L’eau est chaude. S’y baigner est mon plus grand plaisir. L’eau a des reflets d’or que je devine dans ma tête. Cette source nous sauve. Aussi vrai que nous nous sommes sauvés de l’orphelinat
21:21 Écrit par vieuxfusil dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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